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Gurval Guiguen intervient sur le Plan de Déplacements Urbains 2019/2030

7 GUIGUEN

Madame le maire,

Chers collègues,

 

Merci pour cette présentation du plan des déplacements urbains (PDU) :

  • Ainsi qu’il nous a été présenté au sein de Rennes Métropole, ce projet est maintenant arrêté avant consultation des autorités et collectivités concernées et avant l’enquête publique.
  • Il préfigure l’organisation des déplacements dans notre bassin de vie d’ici 2030.

 

  • Premier message : les enjeux qui nous dominent

 

Parmi les différentes politiques mises en œuvre par une collectivité locale, l’agencement des différents modes de transports est sans doute l’une des plus essentielles :

  • déjà parce qu’elle se trouve au croisement des autres politiques, d’urbanisme et d’organisation des activités humaines : vie de famille, enseignement, travail, loisirs, etc.
  • ensuite parce qu’elle produit des effets directs, quantifiables et ressentis par la population.

 

Nous avons devant nous une équation à résoudre :

  • Gérer notre croissance démographique, avec les implications que cela comporte en termes de nombre de logements, d’évolution des prix, de préservation du cadre de vie, etc. ; cela implique également, dès lors qu’on accepte cette croissance exogène, de poser la question de la capacité de nos réseaux de transports à absorber les flux supplémentaires.
  • Il est également nécessaire d’introduire dans les termes de l’équation la nécessité de favoriser l’activité économique, déjà parce que les derniers mouvements sociaux démontrent bien qu’il y a un malaise et qu’il faut l’entendre — et un malaise pas si lointain que cela, allez compter à Cintré le nombre de gilets jaunes disposés sur les tableaux de bord des voitures ; ensuite parce que c’est notre responsabilité de grande ville riche vis-à-vis des territoires plus ruraux qui nous entourent et du réseau de villes moyennes qui font la force de la Bretagne.
  • Dernier terme de l’équation, en surplomb et parfois en contradiction avec ces différentes préoccupations : préserver un environnement sain, respecter le temps long pour transmettre, à ceux qui nous succéderons et qui poursuivrons notre civilisation, un cadre de vie où la nature ne s’altère pas. On sait ainsi que 38 % des émissions de gaz à effet de serre sont notamment imputables aux transports à énergie fossile et qu’il convient de les réduire.

 

Les déplacements sont au cœur de cette équation que nous devons résoudre avec pour outil une autre donnée elle aussi exogène, le progrès technique :

  • il y a encore quelques années, par exemple, le véhicule électrique était une utopie ;
  • la trottinette un jouet pour enfant ;
  • et personne n’avait vraiment vu venir l’apparition brutale des plateformes collaboratives qui bouleversent tous les marchés.

 

  • Deuxième message : une réflexion principalement métropolitaine

 

L’échelle pertinente de cette politique est bien entendu métropolitaine :

  • La réflexion ne doit pas s’y limiter cependant. Si l’on comprend bien qu’il est souhaitable et possible de réduire le recours à l’automobile dans Rennes Métropole et a fortiori dans notre ville, cela ne doit pas se traduire par une vision dogmatique de « chasse à la voiture » ignorant le reste du pays sous peine de produire des effets pervers contreproductifs.
  • On en veut pour preuve la saturation de notre rocade et l’avenir en débat de notre deuxième ceinture sur lesquelles nous alertent tant le département — géré par vos amis — que la région — elle aussi gérée par vos amis. Et ce de manière parfois très vive. Ils vous reprochent ouvertement une approche trop renno-rennaise qui pénalise les déplacements de transit et ne tient pas compte des habitants hors métropole.

 

Ces aspects ont cependant déjà fait l’objet à Rennes Métropole de longs développements :

  • Nous ne revenons pas sur les points qu’y a exposé notre président de groupe — la nécessité de réduire les délais de l’action publique, la cohérence entre les différents plans, le franchissement de la rocade par des transports en commun performants et les parkings relais, etc. — et que nous reprenons bien évidemment intégralement à notre compte.
  • Même si ce n’est pas pleinement satisfaisant en termes d’analyse, nous souhaitons alerter sur quelques aspects strictement rennais.

 

  • Troisième message : notre attitude s’agissant d’une politique qui nécessite beaucoup d’humilité.

 

Ces dernières années, vous avez à plusieurs reprises affirmé qu’il était nécessaire d’accepter une part de congestion de nos boulevards et rues.

  • Nous ne partageons bien évidemment pas votre opinion, qui dénote une forme de fatalisme presque curieuse à gauche, où l’on entend habituellement façonner le monde selon ses considérations idéologiques (« Là où il y a une volonté il y a chemin »).
  • Evidemment, on comprend mieux votre attitude en rappelant que vous, et vos amis avant vous, pilotez nos politiques publiques depuis plus quarante ans. Les difficultés observées, elles-mêmes issues de choix d’urbanisme et d’aménagement du territoire, sont évidemment pour une part non négligeable à inscrire à votre passif.

 

Cela étant dit, à votre décharge, s’il y a bien une politique qui nous invite à faire preuve de beaucoup d’humilité, c’est bien celle des transports :

  • Sur le dernier mandat, nos collectivités ont augmenté l’offre de transports en commun de 28 % pour un gain en part modale de… 1,2 points.
  • Notre précédent grand schéma directeur vélo « objectif 2016 » n’a été réalisé qu’à hauteur de 40 %. Pire, la part des déplacements effectués à bicyclette a quant à elle diminué dans Rennes Métropole sur dix ans.
  • Bref, des investissements massifs peuvent conduire à des résultats plus que modestes. Méfions-nous des opinions très arrêtées sur la manière de se déplacer en ville, la matière est tout sauf simple et ses évolutions bien difficiles à anticiper.

 

 

 

 

  • Quatrième message : ne pas rendre la ville invivable par dogmatisme anti-voitures

 

Avant de prétendre à tout prix modifier les comportements, ce qui trahit le dogme, il nous semble important de se poser les bonnes questions :

  • Comment rendre superflus des trajets aujourd’hui nécessaires ? Comment faciliter la rapidité et surtout la fluidité des déplacements ? Comment faire d’autres modes de déplacements des alternatives crédibles à la voiture, c’est-à-dire sûrs, rapides, propres, confortable, économiques ?
  • Les réponses tiennent à l’aménagement de la ville pour limiter les déplacements pendulaires — par exemple en évitant de créer des quartiers dortoirs quand on part d’une page blanche. Elles supposent également de favoriser le commerce de proximité — par exemple en évitant d’encourager le développement de zones commerciales « tout voiture » en périphérie ou par exemple en faisant de nos centres commerciaux de quartiers des zones conviviales, sûres, arborées.
  • Les réponses tiennent également à l’interconnexion de différents modes de transports, dans un contexte où les usages font diminuer la place de la chaussée dans les grandes villes au profit des trottoirs ou des zones de rencontre.

 

Quand on chasse la voiture avant d’offrir une alternative crédible…

  • Par exemple en réduisant brutalement des voies de circulation, en réduisant le nombre de places de stationnement sans réelle compensation (parkings relais, parking ouvragés), par exemple en ne prévoyant dans certaines zones du plan local d’urbanisme que 0,6 stationnement par logement, on rend la ville invivable et on prépare des lendemains qui déchantent.
  • Contrairement à l’effet escompté, on augmente ce faisant la « charge mentale » des voyageurs, c’est-à-dire leur stress (en novlangue). Essayons de ne pas répéter les erreurs commises par d’autres ville, la congestion organisée ne vaut pas mieux que le tout voiture. Le problème n’est pas l’automobile en tant que telle, c’est un mode de transport qui a son utilité et qui répond parfaitement à des usages spécifiques et à des publics qui n’ont pas d’autre choix, le problème tient à son utilisation solitaire trop systématique faute d’alternative crédible. Il serait dommage qu’à Rennes, devenu un site qui compte dans l’industrie automobile française, on s’en tienne à une vision bête et méchante des voitures alors qu’elles sont évidemment l’une des réponses à nos besoins de mobilité.
  • Cinquième message : nos insuffisances en matière de voies cyclables

 

Au-delà de la voiture…

  • Nos efforts en termes de développement du vélo n’ont pas été couronnés de succès à en croire les résultats très décevants de l’enquête ménage 2018.
  • Il y a sans doute lieu de nuancer ces résultats par l’impact à venir du réseaux express vélo dont nous soutenons le développement et qui doit permettre d’accroître cet usage. L’objectif de part modale, fixé à 20 % en 2020, ne sera cependant sans doute pas atteint, sauf à gagner 15 points en un an…

 

Dans Rennes, ce réseau gagnerait à être utilement complété :

  • Par une meilleure continuité des pistes et bandes cyclables.
  • Par des aménagements plus soignés (réduction des virages à angle droit, sauts de trottoirs, élimination des coussins berlinois, etc.), qui prennent en compte les exigences croissantes de cyclistes qui ont pu découvrir ce qui se fait ailleurs, par exemple aux Pays-Bas.
  • Par la multiplication des itinéraires conseillés en parallèle des grands axes, dans les rues peu passantes (« apaisées » en novlangue) pour encourager la pratique en éloignant les bicyclettes des voitures et des bus.

 

 

 

C’est un enjeu important compte tenu du développement de l’assistance électrique, mais aussi des trottinettes, gyropodes et autres gyroroues.

 

 

  • Sixième message : la marche à pied comme domaine à explorer

 

La cohabitation entre ces nouveaux modes de transports très légers et les piétons n’est pas sans poser de nombreux problèmes, y compris de sécurité. Ce sujet va devenir de plus en plus préoccupant compte tenu de leur développement rapide mais aussi au regard de notre objectif partagé de favoriser la pratique de la marche à pied.

 

Il y a autour de la marche à pied un enjeu majeur :

  • de santé publique en favorisant une activité physique à la fois simple et bénéfique dans un monde de plus en plus sédentarisé ;
  • de développement des circuits économiques courts puisqu’il est aujourd’hui certain que l’augmentation des surfaces piétonnes incite à la consommation de proximité;
  • d’agrément de nos rues, puisque l’appropriation de l’espace urbain par les habitants est de nature à accroître le soin qu’on y porte ;
  • mais aussi de lien social, pour toutes les catégories de la population depuis les plus jeunes jusqu’au plus âgés, la pratique de la marche à pied favorisant les rencontres. On participe là à la lutte contre un grand mal de ce siècle, la solitude.

Ce développement suppose un travail considérable :

  • d’amélioration des itinéraires là aussi éloignés des véhicules motorisés, en termes de balisage, d’indications des temps de trajet, d’élimination des obstacles, de propreté, de sécurité ou encore de cadre.
  • Ce cadre doit être vert. Les habitants demandent non pas à être à cinq ou dix minutes à pied d’un square, comme vous nous l’expliquez souvent, ils demandent de la nature dans leur quotidien immédiat, c’est-à-dire dans les rues où ils vivent et qu’ils empruntent chaque jour. Malgré vos discours, notre ville se bétonne trop, les habitants le disent et vous n’en tenez pas suffisamment compte. Vous avez en la matière une « petite révolution » à effectuer.

 

  • Septième message : l’enjeu rennais nord / sud.

 

Il y a enfin une spécificité propre à notre ville, bien connue des anciens Rennais et qui tient à la frontière plus ou moins concrète entre le nord de la ville qu’il s’agisse de la séparation de la Vilaine ou des voies de chemin de fer.

 

Cela s’inscrit dans une logique d’ensemble de la ville, avec des quartiers assez bien identifiés (Longchamps, Bellangerais, Villejean, Beauregard, etc.) qui ne correspondent d’ailleurs pas du tout à notre découpage administratif par quartiers numérotés.

 

Les liens entre le nord et le sud de la ville, entre les quartiers, sont une invitation à ne pas négliger d’une part le traitement réservé par exemple à la place de la République, aux passerelles sur la Vilaine, mais aussi à la redéfinirons de notre réseau de bus. C’est un point de vigilance supplémentaire alors que nous raisonnons avant livraison de la seconde ligne de métro.

 

  • Conclusion : de bonnes intentions mais pas de blanc-seing

 

En conclusion, un certain nombre de nos préoccupations sont abordées dans le projet de plan des déplacements urbains soumis à l’avis de notre conseil.

 

S’agissant, encore une fois, d’une matière complexe qui devrait tous nous inciter à faire preuve de retenue, nous ne formulons pas d’opposition de principe à ce projet mais vous demander d’accorder une attention particulière aux différents points de vigilance exposés.

 

Nous vous remercions.

Bertrand Plouvier
Bertrand Plouvier
Secrétaire national de l’UMP et responsable du mouvement pour Rennes et Rennes Métropole, Bertrand est engagé en politique depuis près de vingt ans. Candidat aux municipales et cantonales en 2008, il entre alors au conseil municipal. En 2012, il conduit l’union de la droite et du centre aux législatives sur la 2e circonscription d’Ille-et-Vilaine. Depuis, Bertrand a été directeur de la campagne de Bruno Chavanat aux dernières municipales et préside notre groupe Alternance 2020. Il est agent général d’assurances de profession, installé dans le centre-ville de Rennes. Bertrand est marié et père de quatre enfants.

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