Amélie Dhalluin intervient sur le Plan Local d’Urbanisme intercommunal

Aude Bouvet intervient sur le Budget 2019
11 février 2019
Antoine Cressard intervient sur la convention de mise à disposition à l’Association Arvor
11 février 2019
Afficher tout

Amélie Dhalluin intervient sur le Plan Local d’Urbanisme intercommunal

6 DHALLUIN

Madame la maire, chers collègues,

Notre Conseil est invité ce soir à émettre un avis sur la révision du Plan local d’urbanisme de Rennes suite à la consultation des personnes publiques associées et à l’enquête publique et à l’arrêt du Plan local intercommunal lors du conseil de Rennes métropole du 13 décembre 2018.

A plusieurs égards, il s’agit d’un temps fort de ce mandat municipal et de notre collectivité.

–  Ce PLU de Rennes est maintenant intégré dans le PLUi de Rennes métropole ce qui est une des applications concrètes de la transformation de notre Communauté d’agglomération en Métropole du 1er janvier 2015.

– Ce PLUi préfigurera le territoire métropolitain dans lequel nous habiterons, travaillerons, nous nous déplacerons, nous nous soignerons, nous distrairons, bref dans lequel nous vivrons, pour au moins les quinze prochaines années.

Notre ville connait comme chacun sait une forte croissance démographique et l’ambition de la métropole est  de dépasser les 500000 habitants dans les 10 ans à venir. C’est un beau défi pour un territoire d’avoir une telle perspective d’accueillir de nouveaux habitants tout en maintenant la qualité de vie des habitants actuels. Notre ville se doit d’être accueillante à tous et de proposer une offre variée de logements.

Les objectifs du PLUi correspondent aux nombreux enjeux économiques et environnementaux auxquels notre territoire devra répondre dans les prochaines décennies : accueillir de nouveaux habitants, de nouvelles entreprises, de nouveaux emplois tout en limitant l’étalement urbain et en veillant à la préservation de nos ressources.

Cette question de l’urbanisme est majeure pour les Rennais comme le montrent notamment les nombreuses interventions ou questions orales lors de ce conseil municipal depuis le début du mandat et la présence des habitants lors des réunions qui ont été organisées. Malheureusement, sur un certain nombre de points, les revendications des habitants ne sont, encore et toujours, peu ou pas entendues. Pour preuve, ces derniers mois, dans plusieurs secteurs de Rennes, nous avons assisté à la formation de nombreux collectifs ou associations dont les revendications ont pour point commun l’urbanisme  rennais : l’atteinte au patrimoine architectural et paysager de certaines zones, la modification complète de la morphologie de certains secteurs ou la densification intense de certains quartiers sans adaptation des infrastructures nécessaires.

 

Ces différentes voix, qui se sont élevées, témoignent d’un problème récurrent de concertation entre les dirigeants politiques de Rennes et les habitants.

Ainsi les grandes opérations de communication autour de Rennes 2030 qui ont permis de relever certaines doléances des rennais quant à l’urbanisme de leur ville n’auront vraisemblablement pas suffit à convaincre les habitants.

Quels sont les points de mécontentement largement partagés par les Rennais ?

1er point : l’intensité urbaine ou la densification. Chaque jour, des habitants découvrent stupéfaits  l’affichage de nouveaux permis de construire et la hauteur du bâtiment qui remplacera le pavillon voisin.  Deux ou trois pavillons mitoyens de deux étages laissent place  trop souvent à un ensemble immobilier d’au moins 7 étages. Nombreux sont les rues et quartiers rennais qui ont ainsi perdu leur identité et ont été complètement modifiés.

Vous me direz que cela est rendu nécessaire par les objectifs fixés par la ville de Rennes en terme de protection foncière de certains de nos espaces naturels ou agricoles mais comment justifier de tels gabarits, une telle densité et une telle proximité voire promiscuité auprès des habitants ?

Hélas, cette révision du PLU ne sera pas un frein à cette urbanisation trop intense que dénonce un nombre croissant d’habitants et cette nécessité de production de logements imposée par le très – voire trop – ambitieux objectif de notre PLH.

2è point : le respect de notre patrimoine bâti qu’il soit historique, industriel, contemporain ou végétal. Vous le savez, et nous avons déjà eu l’occasion à de nombreuses reprises de l’aborder dans ce conseil, les Rennais sont attachés à leur patrimoine et à l’histoire urbanistique des quartiers centraux et périphériques de notre ville et de notre agglomération.

A Rennes, ces dernières années, nous avons observé une certaine forme d’accélération de la démolition d’éléments patrimoniaux. Alors oui les chiffres sont têtus Mr Sémeril et vous me direz  que  moins d’1% de la ville est détruit chaque année. Mais permettez-moi de vous dire qu’il s’agit de pourcent… particulièrement visible. Au fil du temps, laisserons-nous nos quartiers perdre ce qui fait leur personnalité, leur silhouette, ou tout simplement leur histoire ainsi que celle de leurs habitants ?

3è point : les formes urbaines et l’harmonisation de ces nouvelles réalisations avec le bâti existant. En effet outre la quantité de logements que vous produisez il y a le style sans style que vous donnez à la ville. Les rennais sont conscients de la nécessité de faire évoluer le bâti existant de la ville, ne serait-ce que pour améliorer les performances énergétiques des logements, tout en évitant une standardisation des logements et un urbanisme déconnecté des spécificités locales que beaucoup de professionnels et habitants regrettent sur cette dernière décennie. Au gré des récentes réalisations, nous regrettons une certaine uniformisation qui efface peu à peu l’histoire de nos quartiers. Quelle est l’identité des nouvelles constructions de la métropole depuis 10 ans ? A de rares exceptions, en quoi sont-elles rennaises et se distinguent-elles des constructions que nous pourrions trouver dans le nord, le sud ou l’est de la France ou à Vladivostok comme le suggère mon cher voisin ? Trop peu de réalisations dans notre ville sont inspirées par ce qui fait la marque architecturale locale. Au contraire, ces immeubles qui poussent dans les artères qui quadrillent la ville dégagent un sentiment de ville anonyme.

Un peu à l’image de certains ensembles des années 60- 70 qui sont peut-être le symbole d’une époque et datent d’un moment où l’Etat devait répondre à une grave crise du logement, ces réalisations ne sont nullement le symbole d’un territoire, celui de la capitale bretonne.  Et faute d’une certaine audace architecturale nous craignons que ces nouvelles réalisations ne trouvent pas leur place dans l’avenir et dans notre ville.

Enfin nous saluons le travail minutieux d’identification des éléments patrimoniaux enrichi sur cette nouvelle version du PLU en espérant que, comme en toute sincérité il y a maintenant beaucoup moins d’éléments patrimoniaux anciens à préserver à Rennes, le patrimoine ancien plus contemporain ou industriel  soit maintenant véritablement respecté.

 

 

4è point : Le stationnement directement lié avec le plan de déplacement urbain 2019-2023.

Dans cette révision du PLU, le règlement de stationnement prône une réduction drastique, voire totale ou quasi-totale pour les secteurs S1 et S2, du nombre de création de places de stationnement pour les futures livraisons de logements ou autres projets immobiliers notamment de bureaux.

Par exemple dans l’enquête publique il a été demandé un changement de classement S1 pour la partie est de l’avenue Aristide Briand ce qui a été refusé au motif que le quartier Oberthur se trouvait en secteur « Centre-Ville » et bénéficiait d’une offre de transport collectif efficiente avec une motorisation des ménages qui tendrait à baisser dans ce secteur.

Autre exemple : la ZAC du Haut-Sancé à Rennes, où vous souhaitez construire 500 nouveaux logements alors même que la livraison déjà effective de 600 logements s’est accompagnée de nombreux problèmes de stationnements sauvages et de voitures ventouses autour de la rue de Chateaugiron. Ce futur programme de 500 nouveaux logements se situe en secteur S3 ce qui signifie actuellement 0.5 place de parking par logement locatif financé pas un prêt aidé ou agréée par l’Etat (LLS) et 1.3 place pour les logements en accession libre (AL). Et tout cela sans aménagement prévu de pistes cyclables et à 1.2 km du métro

Les normes de stationnement imposées par ce PLU correspondent peut-être à votre vision des mobilités. Mais elles ne correspondent en rien à la réalité, à la vie quotidienne des habitants de notre ville par exemple aux familles, aux personnes âgées, aux personnes qui viennent y travailler ou qui y travaillent et doivent garer leur véhicule professionnel. La solution ne se situe certainement pas dans la réduction drastique du nombre de places de stationnement par logement, par mètre carré de surface plancher de PLU. Rennes a perdu 30% de places de stationnement sur voirie depuis  10 ans alors que son nombre d’habitants a fortement augmenté. Aussi le taux de motorisation des ménages même s’il est inférieur à Rennes que dans la métropole [90 voitures pour 100 ménages à Rennes contre 148 voitures pour 100 ménages en dehors de Rennes], la  croissance démographique de la ville entraine une augmentation du stock de voitures dans la ville.

Au lieu de faire une véritable chasse à la voiture, d’opposer les différents modes de mobilité les uns aux autres, il nous faudrait collectivement penser la voiture autrement et non la fin de la voiture. Penser la voiture avec les innovations qui la rendront moins polluante, ses nouveaux usages et notamment l’autopartage ou covoiturage. La vision rennaise de la mobilité de demain ne peut en ce qui concerne la voiture se résumer à un discours punitif.

La marche à pied, le vélo, les transports collectifs, l’usage de la voiture sont complémentaires. Ce qui signifie que la voiture ne peut être à ce point exclue de nos logements mais aussi des zones d’emplois dont la plupart souffrent d’une offre en transports collectifs insuffisante.

 

5è et dernier point : la Concertation et le mode de décision de la politique d’urbanisme à Rennes.

Nous l’avons déjà évoqué de nombreux Rennais se mobilisent dans différents quartiers concernant l’évolution de l’urbanisme. Il ne s’agit pas en générale d’intérêts particuliers mais de volonté de réellement construire ensemble la ville.

Ce soir c’est au tour des habitants de la ZAC Haut Sancé d’être mobilisés. Un groupe d’habitants concernés et informés, ayant apporté un dossier fouillé de 72 pages à l’enquête publique, des habitants  impliqués dans l’évolution de leur quartier, qui ne pensent pas uniquement à leur intérêt particulier mais soucieux de l’accueil de ces nouveaux habitants dans leur globalité, cadre de vie, scolarisation, activité sportive, mobilités. Aucune volonté de la ville de coconstruire ce projet ? Une pétition multipliant par 30 le nombre de personnes consultées par rapport à la réunion initiale que vous aviez organisée ne peut-elle avoir autant de valeur qu’une réunion sur invitation ?

Engagements non tenus. Elus absents qui laissent les services techniques en première ligne absence de compte-rendu de réunion et in fine…citoyens écœurés du fonctionnement de la démocratie.

Vous me répondrez que vous avez bien évidemment fait les choses dans les règles et avez invité tous les habitants concernés… mais cette impression de consultation tronquée est forte.

En politique il nous faut faire des choix pour le bien des citoyens, pour le bien commun ou l’intérêt général. En matière d’urbanisme nombreux sont les acteurs qui participent à construire la ville : les promoteurs, les architectes, les organismes publiques à travers les nombreuses ZAC pour Rennes, les commerçants, les citoyens … et bien sûr les élus. Alors oui vous exprimez la volonté de concerter tout ce petit monde. Oui comme vous le dites Mr l’adjoint on peut toujours faire mieux en matière de concertation. Oui vous avez organisé des réunions publiques (d’ailleurs plus d’information que de concertation) …mais si l’expérience montre que vous ne cherchez pas à obtenir le consensus mais bien à imposer votre vision de la ville, et si, et particulièrement à Rennes semble-t-il, la prise de décision en matière d’aménagement de la ville est finalement uniquement concentrée sur une ou deux personnes , alors évidemment c’est vous Monsieur l’adjoint  à l’urbanisme et vous Madame la Maire qui avez le dernier mot et de nombreux acteurs en font la parfois douloureuse expérience.

Et la seule possibilité de modifier l’urbanisme Rennais est de changer les élus de Rennes mais surtout de Rennes Métropole qui a maintenant pleinement la compétence matière d’urbanisme avec son PLUi.

Enfin, les Rennais qui se mobilisent ne sont pas comme vous le dites Mr Sémeril « des égoïstes » qui se satisferaient de vivre à Rennes et qui se diraient « tant pis pour les autres ». Votre mépris envers les citoyens qui se mobilisent est contraire à la volonté affichée de démocratie participative de la ville et ainsi nombreux sont les citoyens que vous avez dissuadés de s’engager dans cette bataille de l’urbanisme Rennais.

Et d’ailleurs Mr Sémeril, pour terminer ce propos sur une note poétique, comme la presse rapporte que l’urbanisme Rennais vous inspire la fable de la Fontaine « La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Bœuf,  je ne résiste pas à vous la réciter :

« Une Grenouille vit un Bœuf

Qui lui sembla de belle taille.

Elle, qui n’était pas grosse en tout comme un œuf,

Envieuse, s’étend, et s’enfle, et se travaille,

Pour égaler l’animal en grosseur,

Disant : « Regardez bien, ma sœur ;

Est-ce assez ? Dites-moi ; n’y suis-je point encore ?

– Nenni.

– M’y voici donc ?

– Point du tout.

– M’y voilà ?

– Vous n’en approchez point.

« La chétive pécore

S’enfla si bien qu’elle creva.

 

« Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages,

Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs,

Tout petit prince a des ambassadeurs,

Tout marquis veut avoir des pages. »

Je vous remercie.

 

 

Bertrand Plouvier
Bertrand Plouvier
Secrétaire national de l’UMP et responsable du mouvement pour Rennes et Rennes Métropole, Bertrand est engagé en politique depuis près de vingt ans. Candidat aux municipales et cantonales en 2008, il entre alors au conseil municipal. En 2012, il conduit l’union de la droite et du centre aux législatives sur la 2e circonscription d’Ille-et-Vilaine. Depuis, Bertrand a été directeur de la campagne de Bruno Chavanat aux dernières municipales et préside notre groupe Alternance 2020. Il est agent général d’assurances de profession, installé dans le centre-ville de Rennes. Bertrand est marié et père de quatre enfants.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *