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Gurval GUIGUEN intervient sur le burkini

7 GUIGUEN

Madame le maire,

Chers collègues,

 

Il y a tout juste deux semaines, à la piscine des Gayeulles, les nageurs ont été surpris de voir apparaître une femme vêtue d’un maillot de bain couvrant tout le corps à l’exception des mains, des pieds et du visage. Cette nageuse portait un maillot de bain confessionnel intégral, communément appelé « burkini ». Faute de consigne claire, les maîtres-nageurs se sont trouvés dans l’embarras et la question est remontée tout en haut de leur hiérarchie, jusqu’à l’échelon politique. Comme beaucoup de Rennais, mais aussi beaucoup de Français, nous avons été surpris d’apprendre que le port du burkini était autorisé dans les piscines rennaises.

 

Cette annonce a suscité un émoi légitime auquel il est nécessaire de répondre. Vous voyez dans ce vêtement une évolution de la société, un effet de mode, l’équivalent d’une combinaison de plongée ou d’une tenue de triathlon. Vous affirmez qu’il ne pose aucun problème de laïcité et que seules comptent les règles d’hygiène et de sécurité. Vous nous rappelez qu’il s’agit là d’un phénomène marginal.

 

Madame le maire, nous pensons que vous avez tort. L’irruption de ce maillot de bain confessionnel dans nos piscines doit nous interpeller, sans hystérie et sans détourner le regard. Rennes est la première grande ville française où cette question est posée dans le débat public en des termes clairs et de manière très concrète.

 

Vous nous rappellerez peut-être qu’un travail conséquent avait été mené pour élaborer une charte rennaise de la laïcité. C’est vrai, c’était une réflexion de fond, intéressante, mais dont on constate aujourd’hui les limites. Le simple fait que nos maîtres-nageurs hésitent dans un tel cas de figure démontre bien que nous ne communiquons pas des règles claires aux agents municipaux. Nous n’avons pas à les laisser dans le flou.

 

Vous nous affirmerez peut-être que ce vêtement satisfait aux règles d’hygiène que nous imposons. Évidemment, on ne fera croire à personne que ce vêtement intégral concourt à une meilleure propreté de nos bassins. Quand, à l’occasion du conseil municipal du 25 juin dernier, nous avons voté un nouveau règlement autorisant le port du short de bain, ce n’était sans doute pas la mesure la plus hygiénique prise dans cette ville. Mais cela répondait à un usage de loisir qui est celui de millions de Français chaque été sur nos plages, usage facilement transposé dans nos piscines qui disposent d’espaces en extérieur. Quoiqu’il en soit, il n’a jamais été question de passer de l’interdiction stricte du seul short de bain à une permissivité totale incluant le burkini. Ceci étant rappelé, reconnaissons qu’interdire ce vêtement au nom de l’hygiène serait un faux débat. Ce n’est pas la réponse qu’attend la société. Ce serait emprunter un chemin de traverse là où il nous faut au contraire affirmer clairement nos valeurs.

 

Vous nous direz peut-être que ce vêtement présente au moins un mérite, celui de permettre à des femmes de fréquenter des piscines dans lesquelles elles ne se rendraient pas sinon. Il est vrai qu’il existe un stade supérieur au burkini, c’est le refus de la mixité. Cet argument ne tient pas : s’il s’agissait uniquement de couvrir « le corps impur des femmes », pour reprendre la dialectique de cette idéologie, nos baigneuses se présenteraient en combinaison de plongée ou en tenue de triathlète, comme vous le suggériez dans la presse. Elles ont fait un autre choix, celui de porter plus qu’un simple maillot de bain, un marqueur d’appartenance à ce courant de pensée. Leur message est clair. Voulons-nous l’entendre ou bien courageusement détourner le regard ?

 

Vous nous affirmerez peut-être que le combat se joue d’abord dans l’éducation plus que dans la répression. C’est vrai. Mais en autorisant le port de ce vêtement, vous ne facilitez pas le travail de nos enseignants qui sont en première ligne face à la montée de l’intolérance religieuse. Cela fait plusieurs années qu’ils nous interpellent sur les difficultés qu’ils ont parfois à aborder certaines parties des programmes scolaires, comme l’histoire des monothéismes ou la Seconde guerre mondiale. Il y a trois ans, suite aux attentats de Charlie Hebdo, des élèves avaient refusé de s’associer au deuil national précisément parce que ce journal satirique avait osé caricaturer un prophète. En laissant libre cours à cette nouveau symbole, nous rendons la tâche des enseignants encore plus difficile.

 

Vous nous direz peut-être que le phénomène est marginal. C’est vrai, il l’est encore. Mais nous bénéficions quand même d’un recul historique conséquent sur ce qui s’est passé dans plusieurs pays, notamment du Proche ou du Moyen Orient, mais pas uniquement, où cet islam rigoriste impose sa loi et entend étendre son influence, si nécessaire en déstabilisant la paix. Les méthodes de cette idéologie sont systématiquement identiques. Ce sont à chaque fois les mêmes étapes, les mêmes petits pas, les mêmes provocations. Ce sont aussi, hélas, toujours les mêmes faiblesses de la part de ceux qui laissent faire. Entendons-nous les mises en garde du dernier ministre de l’Intérieur, qui fut pendant près de deux ans l’homme sans doute le mieux informé de France, et qui évoque le risque d’une fracture communautaire ?

 

Vous nous affirmerez peut-être que ce vêtement ne pose aucun problème de laïcité. Il est vrai qu’elle n’a pas vocation à jouer le rôle de police de l’habillement. Pourtant, c’est bien au nom de cette laïcité que la République française a fait le choix d’interdire le voile à l’école. Que dira-t-on à nos jeunes écolières qui se rendront demain à la piscine ? Qu’un foulard sur les cheveux est interdit en classe mais qu’une combinaison confessionnelle intégrale est autorisée dans les bassins ? Quelle cohérence, encore, dans un pays où l’on chasse le voile intégral de l’espace public pour autoriser son équivalent dans les piscines publiques ?

 

Vous nous affirmerez peut-être que ce vêtement ne pose aucun problème particulier de sécurité. Sans doute est-il moins dangereux de porter un vêtement intégral dans une piscine que de courir pieds nus au bord des bassins. Pourtant, nous avons eu la démonstration par les faits, sur la Côte méditerranéenne, que le port de ce vêtement très connoté pouvait susciter des réactions épidermiques dans un pays échaudé par l’extrémisme. Ces bagarres de plage sont la démonstration que ce vêtement pose à l’évidence un problème d’ordre public.

 

Vous nous affirmerez peut-être qu’il ne s’agit là que d’une simple « évolution de la société », sans gravité et avec laquelle il nous faut composer. Mais de quelle évolution parlons-nous ? De la montée d’une idéologie qui a par exemple conceptualisé l’infériorité de la femme jusqu’à la cantonner strictement dans l’espace privé, une femme seule dans l’espace public étant soupçonnée des pires vices. Rappelons-le, dans certains pays, nous en avons encore eu l’illustration malheureuse en Irak il y a quelques jours, des femmes mettent parfois leur vie en danger parce qu’elles refusent simplement de se voiler. Devons-nous laisser cette idéologie prendre pied chez nous ? En laissant faire, nous n’offrons aucune ligne de défense aux jeunes filles qui refusent de se plier à ce dogme.

 

Vous nous affirmerez peut-être qu’il est légalement difficile d’interdire le burkini. C’est vrai. A partir de quelle quantité de tissu, de quelle coupe, de quelle matière peut-on considérer qu’il s’agit d’un vêtement confessionnel intégriste ? Honnêtement, il est impossible de légiférer sérieusement sur ce sujet. C’est d’ailleurs le propre du prosélytisme que de jouer avec les règles. Faut-il pour autant capituler en rase campagne et laisser faire ? En aucun cas.

 

Disons-le clairement : il ne s’agit ni d’une affaire d’hygiène, ni d’un effet de mode, ni d’un vêtement de sport anodin. Cette tenue, comme le voile intégral, représente l’étendard d’un islam très rétrograde qui gagne du terrain par la provocation et la pression sociale qu’il exerce sur une partie de la population. Cette forme d’islam extrémiste n’est pas la bienvenue en France. Elle est incompatible avec nos valeurs, notre mode de vie, nos traditions. Quels que soient nos horizons, nous sommes tous comme Français attachés à la liberté de l’individu, à un dialogue ouvert, notamment entre les sexes, ou encore au caractère éminemment intime de la foi religieuse. Nous n’avons pas à nous excuser de refuser ces dérives.

 

Madame le maire, la présence de ce vêtement confessionnel a fait irruption de manière brusque dans le débat public. Vous y avez apporté une mauvaise réponse mais peut-être vous a-t-il manqué, à vous et à votre équipe, un peu de recul. C’est la raison pour laquelle nous vous demandons aujourd’hui de bien vouloir :

  • d’abord reconsidérer votre interprétation du règlement intérieur, qui permet tout à fait d’interdire cette tenue au regard des risques de trouble à l’ordre public ;
  • ensuite changer les consignes données à nos agents municipaux, afin de ne pas laisser de visibilité dans l’espace public à ce vêtement très connoté ;
  • enfin, et surtout, d’exprimer publiquement votre refus de laisser une idéologie incompatible avec nos valeurs gagner du terrain sans être combattue.

 

Nous vous remercions.

 

Bertrand Plouvier
Bertrand Plouvier
Secrétaire national de l’UMP et responsable du mouvement pour Rennes et Rennes Métropole, Bertrand est engagé en politique depuis près de vingt ans. Candidat aux municipales et cantonales en 2008, il entre alors au conseil municipal. En 2012, il conduit l’union de la droite et du centre aux législatives sur la 2e circonscription d’Ille-et-Vilaine. Depuis, Bertrand a été directeur de la campagne de Bruno Chavanat aux dernières municipales et préside notre groupe Alternance 2020. Il est agent général d’assurances de profession, installé dans le centre-ville de Rennes. Bertrand est marié et père de quatre enfants.

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